3 avril 1777.
Monsieur le comte,
Votre observation sur le Westminster gazette m’en a fait faire une autre propre a la confirmer ou la détruire, car il n’y a que trop de mauvais Français a Londres : c’est d’en faire examiner l’anglais par mon traducteur : mais il m’assure que le style et les tournures sont bien anglaises et que mesme quelques articles sont copiés notamt du communs sens. En effet il ny a point eu de navire nommé le Hazard ni le Trudaine. Et Panchaut le banquier est assés mal indiqué par le gazettier. Je ny suis point nommé ; et Le Rey de St Chaumont y est cité pour un contrat de poudre. Tout cela ressemble assés a des idées prises au hasard et sur des oui-dire fort incertains. Voyés tout l’article que je viens de barrer. Au reste de quelque main qu’il vienne il est certainement indiqué dans l’envoy comme ayant eté publié par ordre de Lord Germaine.
Nous croyons maintenant etre assés sur que M. Schmidt, Secretaire de ce Lord est actuellement a Paris chés lord Stormont d’ou il exécute les ordre sécrèts de son maitre relativement aux idées d’accomodement avec l’Amérique.
II est déguisé sous la peruque d’un aumonier ou chapelain pendant que le petit Mathy, véritable chapelain feint de renoncer a l’église, et de ceder sa place au nouveau venu, si le sejour de la france ne lui est pas contraire. Je suis sur la voie, le reste ne m’echapera pas.
L’éclat, comme vous le dites Monsieur le Comte, n’est bon qu’a tout perdre. Mais en faisant distraction totale de la peuplade qu’on nomme officiers, on peut eviter ce mal-la et tout peut se concilier. Pourvu que les Américains ne puissent pas acquérir de certitude que le ministère contribue, il n’y a point de danger qu’il soit compromis. Retenir les forces anglaises en Europe par le respect des notres, détruire leur trop grande sécurité par quelques mouvements mistérieux de nos vaisseaux, s’en tenir a la neutralité, prodiguer des secours devenus indispensables aux Américains pour guéroyer. Préférer pour cela la voie du commerce, en ce qu’elle fait le double bien de déplaire aux Anglais et d’apprendre a nos matelots la route d’Amérique sans compromettre le ministère : voila de quoi epuiser les forces anglaises au moins encore cette campagne sans enerver les notres. Et telle est la masse de mes idées. Je me rendrai samedi a l’indication que je recois de vous. Je souhaite en effet d’avoir échaufé quelque peu l’ame de Mr de M... Mais je compte encore plus sur votre sagesse que sur mon éloquence.
|