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[en marge] À Beaumarchais
A Versailles, le 26 avril 1776.
J’ai mis sous les yeux du Roi M. la lettre que vous mavés fait l’honneur de mecrire le mardi 16 et non le 12 de ce mois. Jai la satisfaction de vous annoncér que S. Mté a fort aprouvé la manière noble et franche dont vous aves repoussé l’attaque que le Lord Rochford vous a faite a loccasion de ce batiment Americain destiné dit on pour Nantes et conduit à Bristol. Vous navés rien dit que S. Mté ne vous eut prescrit de dire si elle avoit pû prevoir que vous series dans le cas de vous expliquér sur un objet aussi étrangér aux soins dont vous etes chargé. Si on n’a pas à Londres d’autres pieces de conviction que celles qui ont été rendues publiques dans les papiers Anglois et qui m’ont été remises par M. de St Paul, il faut reconnoitre quon y est precipité dans ses jugemens. Loin d’y trouvér la preuve d’aucune connivance de la part du correspondant Montaudoin, l’expéditeur croit | [dans la marge] pouvoir compter si peu sur cette ressource que | dans son instruction a son capitaine il lui recommande dechanger sa cargaison contre une certaine quantité d’armes et de poudre ; ou s’il ne pourroit se procurer cette dernière d’y substituer du salpetre, et a défaut de tout cela de raporter la valeur en argent.
Au ton du Lord Rochford il sembleroit argumenter dun pacte qui nous assujetiroit a faire de linterest de lAngre le notre propre. Je ne connois pas ce pacte, et < ce nest aparemment pas > il nexiste pas dans lexemple que lAngre nous a donné lors quelle a crû pouvoir nous nuire. Quon se rapelle seulement la conduite quon a tenûe a notre egard pendant les troubles de Corse, les secours de toute espèce qu’on y a versés sans aucune sorte de menagement. Je ne cite pas [1v] cet exemple pour nous autoriser a le suivre. Le Roi, fidele a ses principes de justice ne cherche point a abusér de la situation des Anglois pour augmenter leurs embarras, mais il ne peut aussi retrancher a ses sujets la protection quil doit a leur commerce. Cest par amitié pour le Roi de la Gde Bretagne et nullement pour une opinion résultante d’aucun engagement que le Roi s’est porté a deffendre dans ses ports lembarquement des munitions de guerre pour lAmerique septentrionale, mais cette deffense ne peut pas etre rendue plus generale ; si ces effets sont contrebande par raport aux Anglois qui ont le malheur detre engagés dans une guerre contre leurs Colonies, ils sont objets de commerce pour nous, qui n’y participons pas et rien nempeche que les Anglois ne les traitent pour leur compte sils craignent que les Americains ne trouvent les moiens de se les procurer ; mais il seroit contre toute raison et bienseance de pretendre que nous ne devons vendre aucun de ces articles a qui que ce soit parce quil seroit possible quils passassent de seconde main en Amerique. Au reste, les Anglois ont asses de forces en mer pour interceptér les batimens qui pourront tentér dintroduire dans cette region des marchandises dites contrebande ; ils nont pas a se plaindre que nous genions et embarrassions leurs croisières ; ils peuvent meme etre assurés que nous ne revendiquerons < jamais > aucun des batimens Americains quils pourront saisir ; pour vû quils ne se permettent pas de les arretér à la vue de nos forteresses et sous notre canon.
M. de St Paul m’a parlé du Senault le Dickenson, mais avec bien moins de chaleur que le Lord Rochford a vous. Il sest bien gardé de suposér que le < Lord > negociant Montaudouin doive etre puni ; toute sa force a porté sur ce noble Ambassadeur qui sest presenté de notre part au Congrès. Si nous [2r] etions d’humeur à vouloir entrer en correspondance avec les insurgens nous n’aurions pas besoin d’envoyér pour cet effet personne en Amerique, et si nous y envoyons quelqun nous le choisirïons asses bien pour quil pretâ moins a lobservation. J’ignore ce que cest que ce pretendu Gentilhomme François dont on nous annonce le retour, ne seroit il pas quelque marchand qui voiant une occasion de gagner de largent aura ete ofrir ses services au Congrès pour etablir une correspondance mercantile ? Le Ministere Anglois etant bien mieux instruit que nous de ce qui se passe dans nos ports je < serai for aise qu'il nous fasse > lui serai obligé de nous faire connoitre ce pellerin ; je serois fort aise d’avoir une < correspondance > conversation avec lui, et s’il est prouvé quil sest presenté au Congrès comme emissaire de France, il sera certainement chatié. < nous ne > Le Roi n’est point disposé a permettre un abus aussi criminel et toutes les fois M. que vous entendres des plaintes fondées vous ne vous compromettrés point en assurant quil en sera fait bonne justice.
Recevés tous mes complimens M. après vous avoir assuré de laprobation du Roi la mienne ne doit pas vous paroitre fort interressante, cependant je < trouve > ne puis me refuser la satisfaction < de vous assurer de toute mon ex[...] > d’aplaudir a la sagesse et a la fermeté de votre conduite et de vous renouvellér toute mon estime. Je nai point negligé votre commission pour Aix, M. le Garde des Sceaux m’a [2v] assuré que tout demeureroit en suspens jusqu’à votre retour.
N’avez vous point de nouvelles de votre Amazone ? Il seroit surprenant quelle vous scut en Angre et quelle ne vous fit rien dire.
Je suis tres parfaitement M. V.
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