Paris le 30 Juillet 1754./.
Monsieur De Fouchy
Secretaire perpetuel de l'Academie
Royalle des Sciences a l'Observatoire
Monsieur
Je vous prie de vouloir bien m'accorder datte d'une nouvelle montre de mon invention que je desire présenter à l’Academie Royalle des Sciences sitost que je la croiray assez surement eprouvée pour qu'elle soit digne de son examen.
L'idée de cette nouvelle montre a suivy de tres pres le jugement favorable que l'Academie a bien voulu accorder a mon echapement, et le 5 mars dernier que nous avons eté mon Père et moy faire nos tres humbles remerciements a chacun de Mrs. les Academiciens en particulier, ce mème jour, je voulus en prendre date chez Mr. Camus a qui je l'expliquay ; mais il me conseilla d'attendre qu'elle fut executée ou a peu de choses pres, pour déterminer plus surement tous ses effets dans la maniere simple avec laquelle je les luy fais produire, j'eus ensuitte l'honneur de vous en parler le 29 avril en revenant de chez Mgr. le Comte De St. Florentin [¹] d'ou vous eutes la bonté de me ramener jusqu'aux Thuilleries, et j'aurois des le lendemain assuré ma datte par la lettre que j'ay l'honneur de vous envoyer si des engagements tres serieux ne m'avoient pas forcé de laisser reposer cette machine jusqu'au tems ou je me vois un peu plus libre.
Ma nouvelle montre sonne d'elle mème l'heure et les quarts, et elle repette l'heure et les quarts en poussant le bouton, j'en ay suprimé toutes les pieces de cadractures qui ont composé les repetitions jusqu'a ce jour, et je n'admet pour tous ces diferents efets que deux seules pieces scavoir ; une roue de compte que je fais servir pour les heures et les quarts ; et la détente qui doit faire sonner la piece juste a l'heure et aux quarts, cette nouvelle montre est si simple que la crainte de me laisser seduire, m'a mis en garde contre le brillant qu'elle présente jusqu'a ce que l'efet en ait justifié. Le projet qui me paroit meriter d'autant plus l'attention de Ms. de l'academie et la votre Monsieur, qu'en simplifiant la cause, j'en ai triplé les efets comme on le verra, en la comparant aux montres faites jusqu'a present qu'on nomme a trois parties, dans lesquelles on a multiplié les pieces a l'infiny, ce qui a rendu ces sortes de montres tres peu sures. Ma montre est donc aussy simple qu'une montre a sonnerie, et la repetition qui se trouve de plus, n'a aucune des pieces qui les ont compliqués jusqu'a ce jour, la roue de compte produisant elle seule l'efet de plus de 40 pieces qui sont suprimées.
Je vous seray infiniment obligé si vous voulez bien recevoir le dépost de ma présente lettre pour servir de datte a cette machine, si l'on peut apeler machine ce qui n'est vraiment qu'une supression de machine.
J'ay l'honneur d'etre avec un tres profond respect
Monsieur
Votre tres humble et
Tres obeissant serviteur
Caron fils
Horloger
du Roy
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