Copie de ma lettre adressée à M. Amelot le 26. 8bre 1780./. Dont copie envoyée à Mr le Cte de Maurepas le mesme jour.
Monsieur
Lorsque M. le Comte de Maurepas et vous, avez daigné promettre, au nom du Roy, bonne et prompte justice aux auteurs dramatiques, en leur recommandant de ne point publier leur Mémoire, sur les usurpations et les outrages des Comédiens français ; ils n’ont pas dû croire que leur silence deviendrait un titre aux adversaires pour les faire insulter grossierement, dans des écrits imprimés à Paris, avec approbation de censeur et privilege du Roy.
Vous savez, Monsieur, que le public est léger ; tout examen le fatigue, il prend parti pour l’insolent qui parle seul ; et l’homme outragé qui se tait, a souvent été condamné sans retour.
Tous les gens de lettres se réünissent donc, Monsieur, pour supplier Sa Majesté, qu’après s’être fait rendre compte de la Préface indécente du champion des Comédiens, appuyée de l’approbation plus indécente encore d’un censeur de police, laquelle préface est à la teste d’une tragédie de Nadir qu’ils joignent à ce Mémoire, elle veuille bien faire ordonner la suppression publique de cette préface et l’interdiction du censeur.
A la rigueur, Monsieur, l’ouvrage anonime d’un fou, bête et méchant, peut être dédaigné ; mais qu’un censeur de la police auquel on a de plus accordé, par an, cent louis d’appointemens pour critiquer les petits vers des opéras nouveaux, méconnaisse assez la décence publique et les convenances, pour oser approuver des injures grossierement dites en prose, à tout l’ordre des gens de lettres, dans une affaire dont il sait que le jugement doit sortir du Tribunal du Roy même ; c’est ce que le maintien du bon ordre et de la paix ne peut tolérer.
Cependant, Monsieur, si vous en jugiez autrement, et si dans le procès dont il s’agit, la préface et l’approbation dénoncées vous semblaient des oeuvres permises pour la défense des Comédiens, les auteurs dramatiques esperent que vous ne desaprouverez pas qu’ils fassent imprimer sur le champ le mémoire qu’ils ont eu l’honneur de vous remettre : car ici tout doit être égal. Le droit naturel est de repousser l’ennemi partout où il se présente et sous la forme qu’il employe, et le public impatient attend et demande la réponse des gens de lettres./.
Pénétrés de vos bontés, Monsieur, ils m’ont tous pressé comme un de leurs commissaires et chargé de leurs pouvoirs, de vous demander avec instance, en leur nom, la suppression de l’ouvrage qui les insulte et l’interdiction du censeur, ou la liberté d’imprimer leur Mémoire justificatif. Ils doivent s’assembler dimanche, pour recevoir vos ordres et vous adresser leurs remerciemens, en attendant qu’il plaise à Sa Majesté de prononcer sur le fond d’une contestation que 30. ans de souffrance et de plaintes et quatre années de travaux suivis, n’ont pu encore voir terminer./.
Nous sommes avec le plus profond respect Monsieur
Votre &c.
Signé Caron de Beaumarchais —
Pour tous les auteurs dramatiques
M. Sedaine De La Place Le Blanc.
De Sauvigny se reservant le Rousseau Bret
droit de demander satisfaction
du censeur pour un outrage Gudin de La Brenellerie
qui lui est personnel
Barthe
De La Harpe
Cailhava
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