Ce vendredi 29 août 1776.
Monsieur le Comte,
J'ai l'honneur de vous envoyer l’extrait de la dernière lettre que j’ai recue de Bordeaux. La nouvelle des 5 vaisseaux chargés de morues est fausse, Je vous prie de vouloir bien communiquer mon extrait à Mr. le Cte de Maurepas.
Je joins ici un paquèt que je n’ai pas voulu confier à la poste hier matin; non parce qu’il contient pour cent mille francs de lettres de change. J’y en mèts tous les jours de pareilles; avec mon endossement cela ne court aucun risque de vol; mais parce que j’y ai joint pour 600 Louis de billets de banque qui sont effets au porteur et de bonne prise pour qui les vole. Je vous aurai une vraie obligation de faire recomander ce paquet à M. Garnier pour qu’il le fasse tenir surement à Mr. Vannek.
Mon secrétaire est enfin arrivé de Londres, et nous bavardons aussi rapidement, Mr. Deane et moi, que notre curiosité réciproque nous y invite.
Cette cruelle folle de d’Eon fait encore des siennes à Londres. Mais comme son fourbe beau-frère lui a dissimulé une partie de vos mécontentements, je prends le parti, moi, de vous présenter dimanche le plus honnèste Génevois etabli à Londres et Joyalier du Roi qui l’honnore de sa particuliere amitié. Je serai bien aise que vous daigniés vous expliquer un peu devant lui; tant parce qu'ayant servi de père à cette extravagante, il peut m'aider à la ramener à la raison, que parce qu'il n’est pas sans importance qu’il connaisse bien le dedain qu’on fait ici des ridicules prétentions de cette femme.
Il ne manquera pas d’en parler au Roi d'Angleterre, et cela fixera l'opinion de ce prince sur l’héroine. Vous m’entendez très certainement. Le tout consiste aujourdui à lui enlever de toutes manières la fausse importance à laquelle elle prétend en Angleterre.
Surtout, Monsieur le Comte, n’oubliés pas, sur l'effet qu’a produit sur vous lingratitude de cette femme à mon égard, d’endoctriner un peu mon Genevois. Son beau-frere ne lui a pas touché le mot de tout cela, ou bien ils sont de si mauvaise foi qu’ils n’en ont pas dit un mot à cet honèste homme.
En voilà trop pour si peu de chose. Je vous prie de me pardonner, et de me conserver votre bienveillance.
Mr le Cte. de Vergennes.
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