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Copie de la lettre adressée a M. de Sartines le 11 Juin 1775
Monsieur
J'ai vu M. de Vergennes. Je ne sais s'il est content de moi[.] Je le suis beaucoup de l'accueil libre, ouvert et franc qu'il m'a fait. C'est un homme qui parle avec une telle clarté, un tel ordre, qu'il ne laisse à celui qui l'écoute aucune fatigue des affaires qu'il traite.
Nous avons coulé a fond celle de Déon : Il a balancé avec sagesse les inconvénients de laisser donner de la publicité au papiers du feu Roi qui sont en Angleterre, avec l'extravagante hauteur des précautions de celui qui les retient : et nous sommes tombés d'accord.
1° Que l'on peut accorder sans risque à Déon les suretés convenables pour la pension de 12000# que le Roi veut bien lui continuer, en échangeant cette pension contre une rente viaegere de pareille somme, dont la cassette du Roi fera bon à la partie des finances sur laquelle elle sera établie
2° Que si l'on peut amener D'Éon à réduire ce qu'il appelle l'Etart de ses dettes à une somme modérée en le pressant par l'intérêt qu'il a d'en obtenir le paiement, on prendra des arrangements et des termes pour y satisfaire
3° Que sa prétention de prendre congé comme Ministre Plénipotentiaire est ridicule aujourd'hui que la commission de son sexe est devenue presque publique ; mais que comme il a été traité bien durement par ses adversaires en prenant toutes sûretés contre les ressentiments futurs, on pourroit lui accorder quelque certificat, sinon de modération et de sagesse, au moins d'honneur et de fidélité dans sa conduite passée : et cela peut se faire avec les tempéraments convenables.
4° Qu'à mon retour de Liège et Bruxelles si des nouvelles pressées me forcent à m'y porter, je passerai à Londres, sans avoir l'air d'y être attiré par aucune autre affaire que celle de voir mon très riche et très vieux parent qui est malade
Comme Déon ne manquera pas de m'y rechercher, sur le champ, je ferai sans commettre personne, ce qui me conviendra pour le ramener, s'il se peut, aux termes secrettement arrêtés entre M. de Vergennes et moi.
La négociation seroit devenue une fois plus facile si M. le Prince de Conti pour qui ce Déon à la plus grande vénération eut voulu me donner mission de cautionner de sa part la vérité des bonnes intentions qu'on auroit pour lui s'il était raisonnable. Je lui en ai parlé. Il m'a répondu que, n'étant et ne cherchant à rien être dans une administration ou le Roi ne l'a pas appelé il serait fort plat que ce Déon allât publier qu'il se mêle de ses affaires, et d'être affiché pour se mêler de cette seule affaire, lorsqu'il l'est partout pour n'avoir part à aucune autre.
"Vous lui direz (m'a-t-il ajouté) que vous m'avez remis son paquet et que sans-doute je n'ai été chargé de rien à son égard, puisque vous ne l'avez vous-même été de rien par moi pour lui".
[2r]
J'aurois desiré que le Roi en eut dit un mot au Prince, lorsqu'il a rendu compte à S. M. du paquet qu'il a reçu par moi de Londres.
Mais enfin nous ferons de notre mieux : On est à temps d'y revenir, si, vis-à-vis cet obstiné, la caution du Prince y devient indispensable.
J'ai fait sentir ensuite à M. de Vergennes l'utilité d'accorder à Morande aujourd'hui le remboursement des 2 mille L. de rente viagere sur 4 dont il jouit, pour le sortir de la presse où ses créanciers l'ont mis. C'est, comme je vous l'ai dit, un Braconnier dont j'ai fait un bon garde-chasse, et qui, dans bien des cas, est et sera fort utile aux intérêts du Roi.
Priez S. M. d'y consentir : C'est une grace fort légere que le remboursement d'un viager à un homme de 39 [?] ans. Je me chargerai du remboursement, comme si c'étoit un service personnel que je lui rendisse, et que cela ne vint pas du Ministère, afin de tenir toujours cet homme sous ma main, et que le Ministere ne soit pas compromis en traitant directement avec lui.
J'ai dit à M. de Vergennes qu'il pouvoit être fort intéressant qu'un nommé Vignolles, employé sans gages à l'ambassade de Suede à Londres, fut renvoyé par l'Ambassadeur. Cet homme est un des foyers où aboutissent [2v] à Londres les infamies qui s'y impriment contre la france. Sitôt qu'il sera chassé par l'ambassadeur de Suede, et qu'il sera public qu'il ne tient plus à l'immunité que ces places donnent, il sera sur le champ arrêté par ses créanciers, pour plus de 3 mille guinées ; et nous aurons, sans bourse délier, détruit un bon nid de vipere.
M. de Vergennes m'a dit qu'il s'en chargeroit. Parlez-en au Roi, je vous prie.
Je vous remercie de m'avoir abouché avec M. de Vergennes. Il me paroît homme d'un grand sens, aussi zélé pour les intérêts du Roi que profondément instruit de tout ce qui importe à son Ministere, mettant dans son travail, au-lieu de ces mauvaises petites finesses des Politiques qui ne trompent personne, une franchise et des procédés faits pour lui gagner tout le monde.
Avec un pareil Ministre et des hommes bien choisis dans les Cours Étrangeres ; on doit à Versailles dominer tous les Cabinets de l'Europe. J'attends toujours des nouvelles de ces libelles qui n'arrivent pas, Dieu-Merci. J'espère vous revoir bientot et en bonne santé./
[Trait tiré]
cette lettre a eté remise au Roi par Mr de Sartines
Le Roi l'a remise a Mr De Vergennes en me faisant donner ses ordres par ce ministre.
[Trait tiré]
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