[1r]
[En haut à droite] Paris, ce 26 juillet 1776.
Monsieur Le Comte,
Ce n’est manque ni de désir ni de besoin, si je n’ai pas eu le plaisir de vous présenter mes devoirs ces jours derniers. Mais je suis arrêté par le pointillage de M. le garde des sceaux sur les formes, et les difficultés qu’on m’oppose sont les têtes de l’hydre. On ennuie M. de Maurepas, on lasse sa bonne volonté à force d’obstacles, et moi je souffre et suis sans état. Demain, je crois < [illisible] > pouvoir lui porter une consultation d’avocats sur un objet qui n’en avait nul besoin, une déclaration du roi formelle sur un point que l’on me conteste comme inusité, et une nouvelle forme de lettres patentes, quoique celle que j’ai déjà portée ait été faite sous les yeux du premier jurisconsulte. Cela ne finit. La reconnaissance rend toutes mes nuits blanches et laborieuses. La multitudes des affaires dévore et au delà le temps des journées [en pied de page : M. Le cte de Vergennes ] [1v] que le chagrin et la contradiction rendent plus fatigantes.
Que le mal se fait vite et le bien avec lenteur ! On détruit mon juste espoir quatre fois par semaine, et il y a près de deux mois que je ne puis parvenir à me procurer de bons ordres pour nos ports de mer. Pendant dix jours que j’ai été à Bordeaux, j’ai perdu à Paris deux procès considérables ; et il y en a cent que je travaille à mettre en train une entreprise essentielle que tout semble refuser à mon zèle pour le service du roi... Patience !
Autre sottise ! Ne veulent-ils pas, au contrôle général, supprimer la caisse d’escompte avant qu’elle soit ouverte ? C’est une honte qu’un bon esprit, qu’un bon Français ne peut souffrir sans indignation ! Cela peut faire grand tort à M. de Maurepas. Je le lui écris fortement aujourd’hui ; et pour remplir, sur tous les points, l’engagement secret que j’ai pris [2r] avec vous, monsieur le comte, de penser tout haut en votre présence, je confie à votre bonne judiciaire les réflexions rapides que cette nouvelle ma suggérées. Levez un côté de l’enveloppe, lisez ma lettre et mettez un peu de cire sous ce côté avant de la faire parvenir à M. de Maurepas. Ensuite, ayez la vertu de mettre avec lui la conversation sur cet objet, et tonnez, si vous êtes de mon avis, contre l’infamie qu’on prépare aujourd’hui. Vos réflexions auront plus de force encore que les miennes. Joignons-nous pour l’empêcher de céder sur un point qui intéresse l’Etat et lui-même.
Ma confiance en vos lumières et mon attachement respectueux pour votre personne sont sans bornes, c’est avec ces sentiments que j’entends sans cesse m’acquitter envers vous.
Faites passer, je vous prie, ma lettre à M. de Maurepas sitôt que vous l’aurez lue.
J’espère être assez heureux pour vous rendre mes devoirs demain samedi.
[2v vierge]
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