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[en haut au centre] 22 7bre 1775.
Monsieur Le Comte
Quand le zèle est indiscret, il doit être réprimé. Lorsqu’il est agréable, il faut l’encourager : mais toute la sagacité du monde ne pourroit pas faire deviner à celui à qui on ne répond rien la conduite qu’il doit tenir.
Je fis, hier, parvenir au Roi par M. de Sartines un petit travail qui n’est qu’un résumé de la longue conférence que vous m’aviez accordée la veille. C’est l’état actuel des hommes et des choses en Angleterre. Il est terminé par l’offre que je vous avois faite de baillonner pour le temps nécessaire à nos apprêts de guerre tout ce qui, par ses cris ou son silence, peut en hâter ou retarder le moment.
II a dû être question de tout cela hier au Conseil, et ce matin vous ne me faites rien dire. Les choses les plus mortelles aux affaires sont l’incertitude et la perte de temps.
Dois-je attendre ici votre réponse, ou faut-il que je parte sans en avoir aucune ? Ai-je bien ou mal fait d’entamer les esprits dont les dispositions nous deviennent si importantes ? Laisserai-je, à l’avenir, avorter les confidences, et repousserai-je au lieu de les accueillir des ouvertures qui doivent influer sur la révolution actuelle ? Enfin suis-je un [1v] agent utile à mon pays ou seulement un voyageur sourd et muet ?
Je ne demande point de nouvel ouvrage, j’en ai de trop sérieux à terminer en France pour mes affaires personnelles : mais, j’aurois cru manquer au Roi, à vous, au devoir d’un bon Français, si j’avois laissé ignorer le bien que je puis faire, ou le mal que je puis empêcher. J’attendrai votre réponse à cette lettre pour partir. Si vous ne m’en faites point sur les affaires, je regarderai mon voyage comme blanc et nul ; et, sans regretter mes peines, je retourne à l’instant, je termine en quatre jours ce qui me reste à faire sur d’Eon et je reviens, sans avoir revu personne, à Londres. Ils seront tous bien étonnés ; mais un autre fera mieux s’il peut, je le souhaite de tout mon cœur.
Je suis avec le plus profond respect Monsieur le Comte De Votre Excélence Le tres humble et très obeissant
Serviteur Beaumarchais
Paris ce vendredi 22 7bre 1775.
[en pied du 1r]Son Exc.e Mr le Comte de Vergennes.
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