Voila Monsieur de Manneville, mon cher Monsieur, qui vous dira que je vais avoir un procès si vous ne m'envoyez pas de quoi payer la maudite presse de Mullins. Il s'agit de 31 £ sterling. Si elles ne me sont pas du sur les 150 louis que vous avez reçus pour George, elles me le seront bien tot et vous pourrez les retenir. Sauvez-moi je vous prie un désagrement qui me compromettrait horriblement vu que c'est une presse dont l'exportation (ainsi que celle des cartons est défendue) et que la publicité d'une pareille affaire surtout à la veille d'une guerre me ferait le plus grand tort. Le tout sera remise dans votre maison ou avec vos meubles.
Sur ces trente-une livres je ne vous serai comptable que des trente que vous aviez données à Mr de Menneville. Dans le tems où je les reçus — j’attendais vos instructions pour faire embarquer cette presse, vous ne me les avez pas envoyées et les 30 £ ont été dépensées dans mes affaires. Vous savez dans quel gouffre j'étais en 1783 quand vous etiez à Londres. J'ai reçu depuis ce tems 16000 de mon frère et j'en ai payé 56 000 au moins sans compter que j'ai fait un déménagement que j'ai deux filles en pension et une forte dépense courante. Mais la mort soudaine de Robson et mes derniers payemens me tuent. Je ronge mes chagrins je n'importune personne et je travaille quelquefois dix-huit heures dans les vingt-quatre. Je n'ajoute rien à ces argumens s'ils ne suffisent pas mon cher monsieur de Beaumarchais. Je sens avec toute l'amertume que doit me laisser l'idée facheuse que les sentimens d'attachement que je vous ai voués ne vous sont pas connus. Je ne retrace pas des images cruelles à mon souvenir et j'espère encore malgré votre silence qu'elles sont effacées du votre et que quand la douleur m'arracha des larmes à Douvre, et que la sensibilité fit couler les votres, tous ces souvenirs furent noyés. Soyez heureux terrassez vos ennemis et comptez que vous n'avez pas d'ami qui vous soit plus ardemment attaché que moi. Voilà ma profession de foi usque ad mortem.
P. S. D'une maniére ou d'une autre répondez moi un mot ; et donnez moi aussi votre opinion sur Tarare ; on veut vous disséquer vous mutiler et je n’ai pas voulu m'y prêter, parce que je ne veux pas vous déplaire et qu'une traduction comme on le veut ne serait pas votre ouvrage : mille hommages respectueux à Madame de Beaumarchais. Ma femme et mon fils se joignent à moi pour vous assurer du plus tendre et du plus affectueux souvenir. Je commence à être content de George.
ce 20 octobre 1787
à Monsieur / Monsieur de Beaumarchais / En son hotel Vieille rue / du Temple / à Paris
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