[…] — la catastrophe sont tout ce qu'ils doivent être pour tous les pays du monde. Mais la musique m'est absolument nécessaire avant de pouvoir traduire et je vous la demande à cor et à cri. Pour qu'elle me parvienne plus promptement et plus surement envoyez-la-moi je vous en supplie par la diligeance de Paris à l'adresse de Mr Guyon directeur du bureau des diligences de Londres à Paris Piccadilly — avec une adresse interieure pour moi. Comme j'ai le poême, un mot de chaque ariette, et de chaque morceau suffira au commencement des airs. Mais la célérité est nécessaire pour que je m'assure le théatre où l'on fera le plus favorable accueil à cette piéce intéressante. Je crois qu’Harris est celui des deux directeurs qui fera les plus grands efforts ; mardi prochain vous serez instruit du parti que j'aurai pris n'étant engagé ni avec l'un ni avec l'autre je me déciderai pour celui des deux theatres où je trouverai la plus d’apparence d'assurer un grand succès à Tarare qui doit entraîner des dépenses.
Vous me dites de vous écrire les idées que ce poême me suggéréra. La lere est d'adopter toutes les votres — mais je vous ferai quelques observations que vous permettrez à l'intérêt que tout ce qui vient de vous m'inspire.
Le poeme a le mérite rare d'émouvoir autant à la lecture qu'il doit faire d'effet à la representation ; mais ne craignez vous pas que sur un theatre aussi difficile, et aussi assailli que le sera celui de l'opéra de Paris par l'envie et l'amère critique on ne trouve la baccarrole ou l'arriette de Calpigi un peu trop burlesque pour un opéra sérieux ? Je le crains : cependant je me donne bien garde de prononcer. Le récit d'Urson, en annonçant la mort d' Altamort et celui de Tarare à Calpigi ne se ressemblent-ils pas un peu ? Tous les deux n’ont-ils pas un peu [… déchirure] dans le prologue j'ai cru trouver dans ces mots vapeur élancée une image qui n'est pas parfaitement vraie ; la vapeur s'élève lentement elle ne s'élance pas.
Ces futiles remarques ne sont pas celles d'un critique qui cherche des fautes où il n'y en a pas ; ce sont, mon cher Monsieur de Beaumarchais, les idées que le plus vif interet m'a inspirées ; quant au plan et à la richesse du poême, à l’enchainement des incidens, à la suspension de l'intérêt, toujours actif toujours varié ; il n'est pas possible de voir rien de plus parfait que Tarare, puissiez-vous être aussi bien servi par les acteurs que vous les avez servi vous même en leur donnant une si belle occasion d'exercer leurs talens. Puisse la musique et le succès le plus complet couronner l’œuvre.
Vous me demandez de ne pas faire imprimer Tarare en françois. Je vous en ai donné ma parole d'avance, et vous pouvez y compter. Il ne paraitra même en anglais qu'après la représentation dont je veux m'assurer autant que cela me sera possible. Si la musique ne vous est pas volée avant le 20 octobre je suis assuré du succès mais il m'arrive dans un moment bien critique. Six semaines plutot il eut été donné huit ou dix fois avant la cloture et repris à la rentrée mais il faut submissa voce adorer la providence et ne pas juger ses decrets. Dans tous les cas vous aurez un des deux théatres et justice vous sera rendue. Ce n'est pas l'affaire de poche qui me touche, je veux que vous me sachiez gré du soin que j'aurai de vous faire voir aux Anglais tel que vous êtes. Ni le Barbier de Sévile ni le Mariage de Figaro ne remplissent ce but.
Votre avis a été imprimé le 1er juin. Il sera à Paris le cinq. Cela répond à vos vues. [… déchirure] feuilles de velin du Voltaire. Je suis bien faché que mes occupations ne m'ayant pas permis d'être aussi fréquemment avec Mr Gombault que je l'aurais desiré et que la fatalité lui ait fait manquer son valet ; il vous dira que ce n'a pas été ma faute.
En m'envoyant la musique de Tarare envoyez-moi je vous prie le mémoire contre le Mirabeau et les derniers ouvrages. Je n'ai pu me les procurer. Je vous serai très obligé de ne pas oublier cette petite commission.
[… déchirure]
ce 2 juin 1787.
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