J'ai vu Henderson, mon cher Monsieur de Beaumarchais, et terminé avec lui l'interminable affaire de Mullins. Il a vendu le billet, de 20 £. et retenu les 15 £ 13. excédant pour ce qu'il prétend être du au compte du feu sr F. qui au huit 8bre avoit balancé ce qui lui était du et ce qu'il devait et avait fait se rapporter la recette, et la dépense si exactement qu'il lui revenait 13 £ 6s 6d. pour balancer un compte de 1800H au dela que m'a montré M. Henderson en m'offrant de me donner le livre dans lequel se trouve ce compte si je voulais lui en donner un reçu qui portât que la société typographique n'a rien à repeter. Les quarante-six chelins excédant les 13 £ 6. & 6. sont, dit M. Henderson, pour le tems qui s'est écoulé entre le jour de l'arrêté du compte et celui de sa mort.
Si vous voulez avoir le livre dans lequel ont été tenus les comptes de la société Mr Henderson me le remettra sur mon reçu mais il veut une quittance générale et je ne suis pas en droit de la donner sans être autorisé par vous à le faire. Si vous voulez avoir une idée des sommes qu'il a payées et reçues j'irai jetter les yeux sur ce livre et vous en enverrai l'apperçu. Comme il est épais d'un pouce et presque tout rempli, il ne m'est pas possible de vous en faire une copie. J’ai vu que dans les sommes qu'il reconnaît avoir touchées il porte pour près de deux cents livres de souscriptions. L'article du lord Shelburne un article ou deux d'Écosse et un ou deux d'Irlande un autre de la Grenade et 65 £ (à ce que je crois) reçues par Woodmason s'y trouvent portés en compte. Mandez-moi à cet égard ce que vous croirez convenable de faire.
J'ai l'agrement original de l'achat des caractères, que je vous enverrai par une occasion prochaine, avec le livre des caractères appèlé en anglais pattern Book. Quoique la traduction en soit un peu volumineuse je vous l'envoie en vous annonçant que l'original sera incessamment entre vos mains. Mais M. Henderson n'a pas trouvé de projet ni brouillon d'agrement de la main de M. Le Tellier. Il n'y a que cette traduction. Il cherchera encore et s'il trouve ce que vous demandez il me l'enverra. J'irai en attendant votre réponse lui en raffraichir la mémoire. La personne à qui vous avez donné un crédit pour terminer l'affaire se chargera de faire embarquer: mais graces aux soins de Mr Farqhuarson et aux difficultés de Mr Henderson, et aux petitesses de M. Annisson, vous payerez au dela d'un tiers de plus que vous ne l'auriez payé une presse dont vous auriez joui depuis un an si vous aviez été bien servi. Si M. Annisson dès le principe eut envoyé l'argent qu'il devoit faire passer à Mullins tout aurait été fini sans discussion.
Ma femme me charge d'assurer de son attachement sincère l'aimable maman de votre aimable Eugénie ; j'ose joindre l'hommage de mon respect au sien et vous recommande, mon cher Monsieur de Beaumarchais, de vouloir bien faire ensorte que le malheureux George n'hyverne pas sans culottes. Pardon de ce que je vous donne une commission si ridicule ; mais le silence de Mr Gudin à qui je me suis permis d'écrire me fait prendre la liberté de m'adresser à vous pour donner quelques ordres à votre tailleur à ce sujet.
Je suis avec la plus respectueuse
considération &c &c
ce 24 9bre 1786
p.s. Si vous avez envie que Tarare soit bien traduit et qu'il ait du succès ; j’ai un poète excellent en main et je me chargerai de la traduction de ce qui sera dialogue. Mais si vous ne faites pas marcher l'anglais et le français ensemble vous serez estropié comme vous l'avez été pour le Mariage de Figaro. Je suis à vos ordres et je m'y conformerai si vous en avez à me faire passer à ce sujet.
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