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Notice
Identification et lieu de conservation
IDC1271
TitreBEAUMARCHAIS à Charles Ier Frédéric de Bade, Margrave de Bade-Durlach - 30 août 1785 (Genève, Bibliothèque de Genève - Institut et Musée Voltaire / AB III, f. 96-97)
Document de référenceOui
Statut éditorialLettre retenue
Nature du documentImprimé
Lieu de conservationGenève, Bibliothèque de Genève - Institut et Musée Voltaire
CoteAB III, f. 96-97
Note(s) identification
et lieu de conservation

Institut et Musée Voltaire, Archives Beaumarchais, III, f. 12 (Gunnar von Proschwitz)

Intervention(s)
Expéditeur(s) et destinataire(s)
Instrument d’écritureNon déterminé 
Dates
Date indiquée par le scripteur30 août 1785
Datation30 août 1785
Référence(s)
Référence(s)
Incipit

Je ne puis témoigner à V. A. S. avec trop de respect et de sensibilité combien je suis reconaissant de l’auguste protection

Contenu

Monseigneur

Je ne puis témoigner à V.A.S. avec trop de respect et de sensibilité combien je suis reconaissant de l'auguste protection qu'Elle daigne accorder à notre etablissement de Kell contre les injustes entreprises de Mr Le Tellier dont le but est de le détruire après avoir vainement tenté de l'envahir.

Monseigneur, Mr Le Tellier sait tres bien que s'il avait des prétentions justes à faire valoir contre moi, il n'aurait besoin ni d'hostilités, ni de procédures pour avoir un prompt sucçès; puisqu'offrant de mettre à part tout titre ecrit, et me soumettant à l'equité d'arbitres honestes instruits et choisis par mon adversaire et moi j'ai dit et ecrit à tous les amis et défenseurs de MF Le Tellier que je donnerais d'avance avec plaisir mon blanc seing à ces arbitres, pour en passer sur nos débats par tout ce qu'ils jugeraient équitable; car après les immenses travaux de ma vie j'ai beaucoup plus besoin de repos que de fortune, il m'importe bien plus Monseigneur qu'on dise de moi que je suis juste, que si l'on dit que je suis riche.

Je n'avais que trop accordé d'aveugle confiance à celui qui me déchire aujourdui puisque seize cent mille francs de ma fortune ont passé par ses mains, sans autre sureté que ses recus. Mais il avait mis dans sa teste que toute ma fortune lui apartiendrait un jour, et c'est le désespoir d'avoir echoué dans cette affreuse combinaison, qui le rend aujourdui méchant jusqu'à l'atrocité.

Il dit, Monseigneur, qu'il peut revenir contre ma cession qui mettra dans mes mains un bénéfice de 5 millions. Et moi, Monseigneur, je répons, comme je n'ai cessé de le faire, que je suis si peu avide de tous ces bénéfices que certain maintenant que le le philosophe, le le poëte que le plus grand homme enfin de notre siecle a un beau monument elevé à sa gloire; je consens que Mr Le Tellier recouille tous les gains de cette entreprise, s'il veut me rembourser seulement tout l'argent qu'il est prouvé qu'il m'y a fait mettre avec les intérèts. Je donnerai mesme dix ans s'il le faut pour effectuer ces remboursemens, s'il en fournit de solides cautions.

Je n'exigerai d'autres conditions de sa part que celles de tenir mes engagemens envers le public envers Mr de La Hogue, et les autres coopérateurs que je lui ai substitué lorsqu'il a si lachement abandonné nos travaux, dans l'espérance que l'embarras où il me plongeait me résoudrait à tous les injustes sacrifices qu'il exigeait de moi. Monseigneur je vais plus loin. Si Mr Le Tellier veut me rembourser en argent comptant, je lui ferai avec joie l'abandon de tous les intérèts des sommes que j'ai avancées depuis 6 ans.

Voila, Monseigneur, ma proffession de foi que je dépose aux pieds de V.A.S. et je lui certifie que depuis huit mois tous les amis de Mr Le Tellier et les miens sont instruits verbalement et par ecrit de ces offres que je suis pret à acomplir.

Mais, après l'enorme abus qu'il a fait de ma confiance et de mon amitié, après le vuide immense qui se trouve dans sa frauduleuse gestion, quelle compagnie voudrait lui confier des fonds pour me rembourser et s'en rapporter à lui pour terminer une entreprise dans laquelle il a commencé par me ruiner? S'il la trouve, Monseigneur, cette compagnie, je suis pret à lui céder l'affaire aux seules conditions que V.A. vient de lire. Mais en renouvellant sans cesse les preuves de ma justice et de mon desintéressement, je ne dois pas négliger de défendre ma propriété attaquée. Je prends donc la liberté, Monseigneur, de la mettre encore sous votre auguste protection. Cette entreprise en est digne et par la noblesse de son objet, et pour tous les avantages qu'elle procure au paÿs où elle s'exécute.

Aussitot que l'enchainement des embarras de toute nature qui me retient ici, me permettra de retourner à Kell, je n'aurai rien de plus pressé que d'aller renouveller aux pieds de V.A. les assurances de la gratitude inviolable et du tres respectueux dévoûment avec lequel je suis

Monseigneur

de V.A.S.

 

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Responsable du projet : Linda Gil, Maîtresse de conférences en histoire du livre et des idées à l'âge classique.
Université Paul-Valéry Montpellier 3, Institut de recherche sur la Renaissance, l’âge Classique et les Lumières
UMR 5186 CNRS / Université Paul-Valéry Montpellier 3
Courriel : linda.gil@univ-montp3.fr

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