L'auteur du Mariage de Figaro, dézolé des impressions qu'on a cherché à donner à Votre Majesté contre un ouvrage qu'il avait destiné à l'amusement de la Reine et au votre Sire, a toujours demandé de nouveaux censeurs à Mr Le Noir chaque fois qu'il s'est agi de mettre cet ouvrage au théatre, afin d'opposer plusieurs aprobations successives, à toutes les imputations calomnieuses qu'on fesait à sa pièce.
De quatre censeurs qui l'ont examinée, trois l'ont approuvée et la réclament pour le théatre. Mais par une bizarrerie attachée au sort de cet ouvrage le 4º censeur, après avoir refusé obstinément pendant 3 semaines de lire la pièce en donnant pour raison que depuis 30 ans il n'avait pas mis le pié au spectacle et que nul n'etait moins propre que lui à ce genre d'examen, a semblé se venger de la violence qu'on lui a faite en se rendant contraire à l'auteur.
Pour justifier de plus en plus un ouvrage aussi violemment attaqué qu'impatiemment attendu par le public, l'auteur a supplié M le Baron de Breteuil de vouloir bien former une espece de tribunal composé d'académiciens français, de censeurs, de gens de lettres, d'hommes du monde et de personnes de la cour, aussi justes qu'eclairés, qui discuteraient en présence du ministre le principe le fond la forme et la diction de sa piece, sçene par sçene, phraze par phraze et mots par mots.
Mr le Baron de Breteuil qui a daigné assister à ce dernier examen rigoureux peut rendre compte à Votre Majesté de la docilité avec laquelle l'auteur, après avoir subi sans se plaindre toutes les corrections qu'il avait plu aux trois censeurs de faire à sa pièce avant de l'aprouver, a retranché de nouveau jusqu'aux moindres mots dont ce tribunal de décence et de gout a cru devoir exiger la suppression.
L'auteur a prouvé de plus à l'assemblée que sa piece etait tellement dans les grands et vrais principes du théatre comique qu'il faudrait proscrire du spectacle plus de soixante pieces qui en font aujourdui la gloire et le plaisir si l'on s'opposait aux representations de la sienne plus remplie de saine critique et de vraie morale qu'aucune de celles qui se jouent dans ce genre aux Français.
Dans cet etat de l'ouvrage l'auteur se joint aux acteurs pour suplier Votre Majesté d'en permettre la représentation.
Depuis long tems les Comediens français sont privés d'ouvrages qui leur donnent de grandes recettes. Ils souffrent, et l'excessive curiosité du public sur le Mariage de Figaro semble lui promettre un heureux succès. Mais l'auteur desire que la 1re représentation de cet ouvrage qui attirera le plus grand concours, soit donnée au profit des pauvres de la capitale. La piece est approuvée par trois censeurs et la plus rigoureuse critique ne peut rien exiger au delà.
Quant au 4° censeur dont le caractere est connu, l'auteur pense qu'on ne doit pas faire censurer un sermon par Préville ni la comédie par un capucin. Il prend la liberté de soumettre cette réflexion à la justice et à la bonté de Votre Majesté.
L'auteur joint ici la liste de toutes les pièces qu'il faudrait retrancher du théatre, si l'on en eloignait la sienne.
La disconvenance sociale qui fonde le comique ou l'interet de tous ces ouvrages etant en tous beaucoup plus forte que dans le Mariage de Figaro.
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