27 may 1782
Monsieur le Baron
C’est bien la moindre chose que vous receviés mes premiérs remerciemens puisque c’est à vous que je dois la reception pleine de bienveillance dont les altesses impériales ont daigné honorer ma grave personne et mon fol ouvrage.
Hier encore à ma lecture, ne voyois je pas du coin de l’œil que vous aviés la bonté de donner à des choses assés communes l’importance de votre aprobation, qui eut suffi pour entrainer celle du couple auguste.
Mais tout n’est pas fini ; je serais peiné que mon hom̃age particulier ne fut pas suivi d’une représentation théatrale. Tant que ma pièce n’est pas jouée je ne la crois pas achevée, les répétitions et la 1ere représentation amenent toujours des changemens assés interessans pour qu’on doive les regarder comme le véritable cachet de la perfection dont l'ouvrage est susceptible. Or vous comprenés que je ne dois envoyer à la Souveraine protectrisse des arts qu’une pièce parvenue au dégré de bonté que la coupelle théatrale peut seule lui donner.
Samedi dernier j’eus l’honneur d’entretenir Mr le Cte de Vergennes de la nécessité de faire représenter le Mariage de Figaro devant Mr le Cte du Nord avant que d’en envoyer le manuscrit à l’Impératrice qui me l'avait fort demandée. Il me répondit qu’avant tout je devais m’assurer si la piece à la lecture ferait plaisir à leurs altesses. Je répliquai, M, qu’elle m’avait paru vous en faire assés, pour vous persüader qu’elle pourroit procurer à leurs altesses une soirée amusante. Permettés que je vous rende ici les propres mots de sa reponse. ‹ Il y a peu d’hommes dont je fasse autant de cas que de Mr le Baron de Grimm et son opinion sur votre ouvrage achèvera de fixer la mienne. Personne ne m’a encore rien dit à cet egard qui me rassure mais si M. le B. de Grimm m’en parle, et pour peu que leur saltesses me fassent témoigner le plus léger desir de voir jouer la piece j’en parlerai sur le champ au Roi ; et je ne prévois aucune difficulté pour un ouvrage qui a passé à la censure. ›
D’après cela Monsieur tous mes succès sont entre vos mains et j’aime à les y voir. Mais quelqu’obligation que je pusse vous avoir elle ne saurait augmenter la vivacité des sentimens respectueux avec lesquels j’ai l'honneur d’etre
Monsieur le Baron
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