Voila, mon cher ami, la preuve de ce que j'ai écrit à M. de Beaumarchais : Tarare m'est arrivé quand il n'était plus tems de le donner et a été publié à tems pour que tout le monde put le traduire pour la rentrée. J'ai joué aux yeux de M. Harris un role bien ridicule.
Il est encore un moyen de m'assurer la préférence c'est celui de n’envoyer la musique qu'à moi ; si la musique est publique tout est dit je n'y pense plus. Si j'avais eu la musique depuis que j'ai l'opéra il serait bien près d'être fini mais je ne l'ai pas et je n'y compte plus après cinq à six lettres dans lesquelles je la demande ne l'ayant pas reçue j'en désespère.
C'est Faulder qui a publié l'édition de Tarare faite à Londres par un exemplaire de l'edition de Paris. Je vous en envoie la preuve. C'est l’epitre dédicatoire à Saliéri que je n'ai pas reçue et qui est imprimée à la tête de l'édition qui vient de se faire.
Si cependant M. de Beaumarchais m'envoie la musique et qu'il m’écrive deux mots pour me recommander de votre part de voir Mr Harris de préférence sur votre demande et de lui faire l'hommage de sa pièce ; s'il ajoute qu'il desire que ce soit moi qui la traduise, Mme Harris m'a promis avec cette lettre de faire reculer tous les traducteurs, en annonçant une traduction sous l'inspection de l’auteur ; sans la musique d'une part et cette lettre de l'autre il ne lui sera pas possible de me donner la préférence. Il sera investi de tous les gens qui ont voulu avoir cette pièce. Et pour mettre tout le monde sur la même ligne il sera obligé de se servir de Holcroft le plagiaire qui a volé le Mariage de Figaro. Tel est l'etat de la question. Je la soumets à votre amitié.
Je vous prie aussi de vouloir bien lui demander les variantes qu'il a dans son portefeuille ; et d'indiquer celles qu'il juge à propos de conserver. Il sera servi avec fidélité. Ce sera un moyen de plus de m'assurer la préférence qu'il parait avoir voulu me donner.
J'avais donné pour aujourd'hui une analyse de Tarare que j'ai remise au Courrier prochain afin de vous en envoyer l'introduction cy-incluse. Comme je m'attens à avoir le no. qui la renfermera arrêté par Aubert j'ai pris les devans pour que vous informiez M. de R[ayneval] votre ami que je crains d'être arrêté, et pour vous donner le moyen de soumettre à la justice du ministre s'il convient que l'abbé Aubert arrête la publication d'une feuille que le public accueille avec bonté parce qu'il croira se reconnaitre sous le nom de Zoile. Peut-être ceci suffira-t'il pour décider le ministre à me rendre justice. Je compte sur votre amitié et vos bons offices et je vous supplie de préparer les voies en attendant le prochain numero. Je vous embrasse de tout mon cœur et suis tout à vous.
Le pied m'a glissé sur le Kornman et je suis arrivé sur la scène par amitié pour nos deux amis ; quant au lubrique magistrat qui est entré dans le domaine du cocu il n'est peut être pas mal qu'il soit un peu tansé. Les gens en crédit ne doivent pas en aboyer —Daud[et] a bien fait et Mr de B[eaumarchais] a fait une bonne action. Le tiers attaqué en a fait une de mauvais exemple. J’espère que M. de Beaum[archais] donnera à l'horrible Mirab[eau] une bonne couche de hair. Bonjour mon très cher et très brave ami, je vous embrasse. Communiquez m[a]lettre à M. de Beaum[archais].
ce 19.
à Monsieur / Monsieur de Sainte Foy / En son hotel Rue basse / du rempart / à Paris
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